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A la découverte d’Ittoqqortoormiit

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Bonjour,
Ma première semaine à Ittoqqortoormiit se termine.
Ce jeudi est froid, venteux et pluvieux alors j’en profite pour vous raconter un peu ces derniers jours où je vais de découverte en découverte.
Depuis que je suis arrivé dans ma famille d’accueil, les Pedersen, je trouve que les contacts sont beaucoup plus faciles au quotidien. Bien sûr dès le départ, Mette la responsable de l’agence de tourisme locale, Martin et Jorgen, les médecins danois rencontrés à l’auberge de jeunesse puis à la clinique locale, étaient prompts à échanger avec moi en anglais.
Mais à chaque fois que je me déplaçais dans les rues « d’Ittoq » avec mon gros sac photo et mon pied de camera, les Inuits croisés sur mon chemin étaient en revanche assez froids, distants, timides, réservés.
Aujourd’hui, après avoir visité un peu plus la clinique, l’école, le supermarché, les habitants de cette petite « ville » de 450 habitants commencent à lever la main sur mon passage. Mon visage commence à leur être plus familier et comme tout le monde se connaît ici, ils savent que je suis hébergé chez Therecie Pedersen, une femme esquimau qui est un personnage local apprécié.
À l’instar de la plupart des Inuits avec qui j’ai réussi à échanger un peu avec des mots d’anglais, des gestes ou par écrit, Therecie incarne cette joie de vivre qui est un trait commun ici. Faire des blagues, rire à gorges déployées, petits et grands sont plein de malice, d’humour et de tendresse à votre égard, même avec la barrière de la langue, car peu parlent anglais. Le langage des yeux est important, dans mon cas souvent plus que celui des mots. Les enfants vous adoptent presque instantanément en vous prenant la main pour jouer, avant de vous faire un peu plus tard un câlin. Dans tous les cas cette semaine, j´ai franchi un cap en terme de communication, c´est ce qui est important.
Même modernisée par rapport au siècle passé, avec les moyens de communications d´aujourd´hui, la vie reste ici dure et simple. Toutes les occasions qui s’offrent aux habitants pour passer de bons moments, ensemble, ne se laissent pas passer. Bien manger, bien dormir, parler, s’amuser c’est vital pour compenser le reste : la souffrance de voir partir ses enfants étudier ailleurs, des morts violentes notamment à la chasse, les jours ou l´on a pas assez d’argent pour acheter à manger. Ici, dans le cercle polaire groenlandais, la vie reste un art subtil et une prouesse morale et physique.
Connue pour cette activité séculaire, le fjord constituant un vivier exceptionnel, Ittoq ne compte plus qu’une dizaine de chasseurs professionnels, tant leur survie est épineuse. Comme le produit de leur chasse leur rapporte de moins en moins d’argent, en dehors de leur subsistance, ils travaillent dernièrement avec les scientifiques. Il y aura toujours des chasseurs à Ittoq c’est certain, des jeunes prennent la suite de leurs ainés parce que c’est une passion ancrée dans leurs gènes, mais ces métiers très difficiles se feront rares.
J’espère dans les jours qui viennent, quand le temps ce sera un peu remis au beau, pouvoir suivre une chasse au narval dans un autre fjord à plus de cent kilomètres d’Ittoq.
Le Scoresby sund est le plus grand fjord du monde comptant des dizaines de « mini » fjords. Les jours de beau temps, on y voit facilement à plus de quatre vingt kilomètres tant l’air est pur et les lumières douces.
En parlant de chasse, cette semaine à deux reprises, j’ai gouté du narval, cette baleine flanquée d’une lance en ivoire qui en fait l’incarnation sur terre de la mythique licorne. Ces séances de dégustation sont des moments où l’on se retrouve en petit comité, où l’on partage et où, entre deux « mumm » clairement exprimés, on rit bien sûr !
Le narval est un des mammifères marins les plus appréciés pour sa chair et toutes les vitamines qu’elle contient. Il est chassé surtout en été, quand les glaces sont moins présentes. Mais cette année comme il y en a beaucoup, elles rendent encore la navigation compliquée, la chasse est tardive et les prises sont pour l’instant moins conséquentes. Le narval est considéré clairement comme le caviar local.
Therecie, qui a déjà tué deux ours et de nombreux bœufs musqués, ces aurochs sortis tout droit de la préhistoire, adore leur chair même si la soupe d’ours blanc a aussi ses faveurs culinaires.
C’est aussi une part encore importante de la tradition des « Greenlandic ». Tout ce qui est chassé ou pêché à Ittoq permet de réduire ainsi pour beaucoup le budget du ménage. Comme tout ce qui est rangé dans les rayons du supermarché local est principalement acheminé par bateau, deux fois par an, les prix sont de 25% au dessus de ceux pratiqués ailleurs et il n’y a heureusement pas de TVA.
Vincent Hilaire

One thought on “A la découverte d’Ittoqqortoormiit”

  1. C’était une belle semaine… entre amitié, sourires, blagues et comme tu le décris si joliment, la vie qui « reste un art subtil » alors que tout est plus rude que chez nous, sur bien des points encore plus aujourd’hui peut-être.
    Merci pour tes bonnes photos. J’aime le traîneau (authentique !) et la maison-cabane du chasseur.
    Je te souhaite de beaux et lumineux (cette lumière délicate unique au monde) moments d’émerveillements lors de cette chasse au mythique Narval (je ne pensais pas qu’il y en avait autant).
    Mes pensées amicales à toi et tes hôtes aussi, qui ont cette générosité de t’accueillir et de t’offrir la possibilité de simplifier les contacts qui somme toute, doivent se faire naturellement comme partout ailleurs sur la planète. Seulement ici, nous avons à faire à des personnes qui trichent moins qu’ailleurs.
    Bonne continuation, Vincent !

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