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Tara en route pour l’eau libre !

Tara en route pour l’eau libre !

Date : 20 janvier 2008
Position : 74°24’ N 12°36’ W
Cap et vitesse : 59° et 1 nd
Vent : Nul
Visibilité : Bonne
Durée du jour : Nuit polaire
Glace de mer : Stable
Temp. air : – 7°
Temp. eau : – 1,7

Avant de commencer à écrire ce genre de log, on sait que les informations qu’il contient lui donne déjà une valeur historique. Le 20 janvier est une date à retenir dans l’histoire de cette dérive arctique, un siècle après celle de Nansen. Après plus de 500 jours de dérive, volontairement prisonnier de la glace, aujourd’hui Tara a mis le cap sur l’eau libre.
Au moment du déjeuner, visiblement très ému le capitaine de Tara, Hervé Bourmaud, annonçait à l’équipage avec Grant Redvers, le chef d’expédition que le jour tant attendu était arrivé. La fin de la dérive arctique. Tara allait reprendre son destin en main, choisir de nouveau son cap. Cela faisait un an et demi que le bateau n’avait pas avancé mu par sa propre énergie. Libre à nouveau de ses faits et gestes. Affranchi de la glace.
A 13H20 précise Samuel Audrain, le chef mécanicien, a mis en route le moteur tribord. Préchauffage. A 14H20, Hervé Bourmaud le capitaine de Tara a embrayé ce même moteur. Comme si un instant on en avait douté, presque oublié que ce fût possible, Tara s’est mis tout doucement a glissé sur l’eau. Une vaguelette d’étrave est née, un sillage aussi. Tara revivait.
Il a fallu d’abord manœuvré dans une petite piscine. Comme un créneau avec une voiture. A un kilomètre de nous tout au plus, le jour nous montrait une ouverture. A coup de marche avant et de marche arrière, Tara commençait à pousser la glace autour de lui. Méthodiquement, avec application. Se délectant presque chaque seconde de cette liberté retrouvée. Patiemment attendue. Espérée. Méritée. Tout doucement encore en position de force la glace s’écartait. Baroud d’honneur.
Reliés par des talkies-walkies, un homme à la proue. Un dans le nid de pie en haut du mât arrière, et dans la cabine de navigation, le barreur. Communications brèves. « A tribord, tu as un gros bloc, on va dessus barre 0 et machine 0 ». Point mort en langage maritime. « C’est passé, tu peux relancer, la glaçon a cassé. La barre à tribord ».
Pendant une heure et demi, on aurait dit quelques minutes, Tara a progressé entre ces plaques de glace fines et épaisses, se frayant un chemin progressivement. A bord, tout le monde vivait intensément ce moment. Avec un mélange d’excitation, de joie, et de nostalgie aussi. Imaginez un peu qu’Hervé Bourmaud et Grant Redvers ont passé tous les deux à bord un an et demi sans bouger, pris dans la glace. Cela faisait donc tout ce temps que Tara n’avait pas fendu les flots à 3 nœuds. Même pour les équipiers arrivés en septembre, le spectacle de l’eau et des morceaux de glace qui bougeaient le long de la coque, ce paysage qui défilait à nouveau c’était presque quelque chose de nouveau, de grisant, d’irréel.
Il est 19H00 heure de Paris, et Tara a parcouru 7 miles. Le slalom entre les glaçons continue. Quelquefois, la goélette progresse non stop pendant quelques minutes, et d’autres fois comme maintenant, comme un lamaneur dans un port, Tara bloque et doit pousser une plaque de glace pendant plusieurs minutes pour prolonger le chemin. Il y en a pour la nuit et peut-être la matinée de demain aussi.
La dérive est finie, puisque nous avons repris notre liberté, puisque désormais ce n’est plus la glace qui tient la barre. D’heure en heure, elle est en train de rentrer dans le domaine du passé. Même si notre cap est encore tributaire des morceaux de glace que nous trouvons sur notre route.
Selon les cartes satellite envoyées cet après-midi par le directeur logistique Romain Troublé, qui est à Paris, la frontière entre les derniers blocs de glace et l’eau libre est à une vingtaine de kilomètres devant nous.
Les vingt derniers kilomètres dans cet univers blanc, cet océan gelé que Tara et ses équipiers doivent se résoudre à quitter.
Sauf changement, le port d’arrivée sera Longyearben, principale ville des Iles Spitzberg. 400 miles devant l’étrave du seul voilier polaire qui aura réussi un siècle après le norvégien Fridjtof Nansen une dérive arctique de plus de 4000 kms. Avec la trajectoire la plus nord jamais empruntée par un voilier. Arrivée probable jeudi prochain.
Avant de fêter ça comme il se doit, il faut ramener la baleine à bon port, avant de regagner sa patrie et Lorient. Elle l’a bien méritée non ?

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